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dimanche 11 novembre 2012

Algue

"Parfois je me réveille la nuit et je me sens complètement perdu. Je flotte dans l'espace, comme dépossédé de mon corps. Dans ces moments-là, je m'interroge, la crainte au coeur : est-ce que cet endroit est dangereux? Où suis-je exactement? [...] En dehors de ce lit où je suis allongé, tout m'est étranger alentour. Pourquoi suis-je seul? Et pourquoi dans cet endroit-là? Pourquoi, à mon âge, suis-je encore sans foyer, sans famille? Quel est-il cet être que je suis devenu, balloté çà et là, comme une algue flottante?"

Yoshi Oida, la concentration et l'entraînement

"Peter [Brook] nous répétait souvent : "Soyez ouverts, soyez libres. Ne vous laissez pas distraire, ni déranger par les choses. / Liberté très difficile à acquérir, cela va sans dire. Aucune idée, aucune situation ne doit bloquer la concentration de l'acteur, l'empêcher de circuler. Lorsque la concentration reste fixée avec rigidité en un point précis, toutes les autres possibilités meurent avant de naître. L'acteur doit avoir une concentration large et fluide : c'est la clé de la vraie disponibilité.
[...]

Cette liberté de concentration pose un très gros probléme aux débutants. Lorsqu'on s'efforce, sans avoir reçu d'entraînement, de travailler tout en maintenant sa concentration flottante, aucune attache fixe, on aboutit généralement à un manque de concetration, plutôt qu'àune concentration libre et fluide.
[...]
Le but de tous les systèmes d'entraînement technique est de vous permettre de faire le geste qui convient sans avoir à y penser. Mais, sans entraînement, il est impossible d'obtenir une concentration de cette qualité, une concentration flottante...
[...]

J'ai appris beaucoup de techniques différentes et je pensais constamment à la manière de les utiliser au théâtre. En fait, la seule chose dont on ait besoin c'est la liberté. C'est pourquoi j'ai dû me débarrasser de toutes ces techniques que j'avais mis tant de soin à apprendre. Totalement nécessaires comme base, elles sont à jeter après avoir servi, sous peine de devenir carcan, quand leur but est de libérer."

mardi 11 septembre 2012

Entraînement à entendre les trille


« Trois grands shoguns marquèrent l'histoire japonaise à la fin du VXIIe siècle. Chacun voulait entendre le chant d'un rossignol. Le premier, Nobunaga, dit : "Si le rossignol ne chante pas, tuez-le." Le deuxième, Hideyoshi, dit :  "Si le rossignol ne chante pas, je l'y forcerai." Le troisième s'appelait Ieyasu. Il dit : "Si le rossignol ne chante pas, j'attendrai simplement qu'il soit prêt." On peut appliquer cette logique aux répétitions [en théâtre et en danse]. Il arrive que l'on dise : "Si je n'arrive pas à avoir ce que je veux, j'abandonne tout." Ou alors : "Si je n'arrive pas à avoir ce que je veux, je vais me forcer à continuer jusqu'à ce que ça marche." Ou que l'on suive la troisième option : "Si je n'arrive pas à avoir ce que je veux, je vais attendre patiemment que quelque chose change." Les trois approches sont en fait nécessaires aux répétitions. Il faut passer de l'une à l'autre, selon ce qu'exige la situation. »


Au café avec Bugs Bunny


Prendre un café avec Bugs Bunny, c'est ben l'fun :

« D'après ce que j'ai pu observer, le ki est en fait lié à trois éléments : la respiration, la colonne vertébrale et l'imagination. »

« Sur le chemin du [studio de dessins animés], je m'arrête souvent dans un café, et tout en buvant mon petit noir je me régale à regarder passer les passants. Les gens vont dans les cafés pour de nombreuses raisons; certains admirent l'architecture d'une rue historique, profitent de la douceur de l'air, de la musique en fond sonore, ou des vêtements et de la mode qui défilent sous leurs yeux. Moi, ce qui m'intéresse, c'est regarder le comportement des gens, là-bas dans la rue. Et pas seulement la vie des êtres humains, les animaux sont eux aussi intéressants à observer. Un chien qui attend son maître devant un magasin, que vit-il en l'attendant? Que se passe-t-il dans son cerveau? Que se passe-t-il en lui? C'est fascinant. »


samedi 8 septembre 2012

Rythme bugsbunniaque

« Il n'habite pas son corps mais le ressent comme une douleur réelle et étrange, comme un trou qui demande d'être rempli. Il souffre de troubles de base : troubles du rythme et de l'humeur. »

« Notre existence ordinaire subit de nombreuses variations de rythme, de cadence et de direction. Nous pouvons rester tranquillement assis quelques minutes, puis brusquement sauter sur nos pieds et filer préparer une tasse de thé à la cuisine. Même une brève période de temps est traversée par tout un éventail d'activités et de réactions. [...] Avant de songer à faire naître une émotion, il faut se préoccuper du rythme et du tempo et en fait si on sait gérer le tempo, l'émotion surgira sans difficulté. / Il est important que [le dessin animé] travaille dans un temps compressé. »

« [L'interstice] implique aussi une "relation juste" entre les objets et les événements. Un bon [dessin animé] peut faire usage de [l'interstice] à bon escient. Il peut flairer la relation juste entre deux moments, deux personnes, deux actions, deux phrases, deux scènes et entre le public et le [bonhomme]. [L'interstice] n'a rien de statique, il possède une dimension relationnelle. »

« Chaque divinité a ses motifs joué par le tambour, répétés infiniment et qui constituent comme une sorte de leitmotiv wagnérien [...]. Les dieux sont appelés par l'intermédiaire de rythmes d'atabaques spécifiques, de cantiques spécifiques... [...] [Malheureusement,] l'Occident a aboli le rythme. »




(Pizza trois fromages : Yoshi Oida, Roger Bastide, Clara Novaes sur l'ayahuasca.)

mardi 26 juin 2012

L'acteur invisible

« Un corps qui n'est pas vivant ne peut pas formuler ses intentions. Des questions auront beau lui être posés, il n'y aura pas de réponses. Il ne sait pas ce qu'il veut, il est "mort" en tant que corps. »


(Yoshi Oida)