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samedi 15 décembre 2012

Proust et Vinicius de Morais


Collage. Érotisme proustien et extrême raffinement animal :

« Je laisse les gens de goût faire de leur chambre l’image même de leur goût et la remplir seulement de choses qu’il puisse approuver. Pour moi, je ne me sens vivre et penser que dans une chambre où tout est la création et le langage de vies profondément différentes de la mienne, d’un goût opposé au mien, où je ne retrouve rien de ma pensée consciente, où mon imagination s’exalte en se sentant plongée au sein du non-moi; je ne me sens heureux qu’en mettant le pied – avenue de la Gare, sur le Port, ou Place de l’Église – dans un de ces hôtels de province aux longs corridors froids où le vent du dehors lutte avec succès contre les efforts du calorifère, où la carte de géographie détaillée de l’arrondissement est encore le seul ornement des murs, où chaque bruit ne sert qu’à faire apparaître le silence en le déplaçant, où les chambres gardent un parfum de renfermé que le grand air vient laver, mais n’efface pas, et que les narines aspirent cent fois pour l’apporter à l’imagination, qui s’en enchante, qui le fait poser comme un modèle pour essayer de le recréer en elle avec tout ce qu’il contient de pensées et de souvenir; où le soir, quand on ouvre la porte de sa chambre, on a le sentiment de violer toute la vie qui est restée éparse, de la prendre hardiment par la main quand, la porte refermée, on entre plus avant, jusqu’à la table ou jusqu’à la fenêtre; de s’asseoir dans une sorte de libre promiscuité avec elle sur le canapé exécuté par le tapissier du chef-lieu dans ce qu’il croyait le goût de Paris; de toucher partout la nudité de cette vie dans le dessein de se troubler soi-même par sa propre familiarité, en posant ici et là ses affaires, en jouant le maître dans cette chambre pleine jusqu’aux bords de l’âme des autres et qui garde jusque dans la forme des chenêts et le dessin des rideaux l’empreinte de leur rêve, en marchant pieds nus sur son tapis inconnu; alors, cette vie secrète, on a le sentiment de l’enfermer avec soi quand on va, tout tremblant, tirer le verrou; de la pousser devant soi dans le lit et de coucher enfin avec elle dans les grands draps qui vous montent par-dessus la figure, tandis que, tout près, l’église sonne pour toute la ville les heures d’insomnie des mourants et des amoureux. »

(Proust, Sur la lecture)

« O bom samba é uma forma de oração. » – « Une bonne samba est une forme de prière. »

(Vinicius de Morais, Samba da bênção)

mardi 10 juillet 2012

Água de beber

Vous devriez le savoir, mais toutes les chansons brésiliennes légères insoutenablement ont des paroles qui tuent à la vitesse de l'éclair, au moment où l'on allait s'assoupir.

Exemple pour l'archi-connue Agua de Beber, que je traduis ainsi (et vous allez voir que ça parle pas de limonade et de fille en monokini) :




J'ai voulu aimer, mais j'ai eu peur
    Eu quis amar, mas tive medo
J'ai voulu sauver mon coeur
    E quis salvar meu coração

Mais l'amour connaît un secret
    Mas o amor sabe um segredo

La peur peut te tuer le coeur.
    O medo pode matar o seu coração


De l'eau à boire, de l'eau à boire, camarade. (x4)
    Água de beber
    Água de beber camará


[Les trois autres couplets, je répète pas le refrain :]

Je n'ai jamais fait une chose si juste
    Eu nunca fiz coisa tão certa

Je suis entré(e) à l'école du pardon
    Entrei pra escola do perdão

Ma maison vit ouverte
    A minha casa vive aberta

J'ai ouvert toutes les portes du coeur
    Abri todas as portas do coração
J'ai toujours connu une certitude
    Eu sempre tive uma certeza

Qui ne m'a apporté que du désenchantement
    Que só me deu desilusão

C'est que l'amour c'est une tristesse
    É que o amor é uma tristeza

Qui marque trop douloureusement le coeur [d'une amère contusion]
    Muita mágoa demais para um coração