Collage.
Érotisme proustien et extrême raffinement animal :
« Je
laisse les gens de goût faire de leur chambre l’image même de leur goût et la
remplir seulement de choses qu’il puisse approuver. Pour moi, je ne me sens
vivre et penser que dans une chambre où tout est la création et le langage de
vies profondément différentes de la mienne, d’un goût opposé au mien, où je ne
retrouve rien de ma pensée consciente, où mon imagination s’exalte en se
sentant plongée au sein du non-moi; je ne me sens heureux qu’en mettant le pied
– avenue de la Gare, sur le Port, ou Place de l’Église – dans un de ces hôtels
de province aux longs corridors froids où le vent du dehors lutte avec succès
contre les efforts du calorifère, où la carte de géographie détaillée de
l’arrondissement est encore le seul ornement des murs, où chaque bruit ne sert
qu’à faire apparaître le silence en le déplaçant, où les chambres gardent un
parfum de renfermé que le grand air vient laver, mais n’efface pas, et que les
narines aspirent cent fois pour l’apporter à l’imagination, qui s’en enchante, qui
le fait poser comme un modèle pour essayer de le recréer en elle avec tout ce
qu’il contient de pensées et de souvenir; où le soir, quand on ouvre la porte
de sa chambre, on a le sentiment de violer toute la vie qui est restée éparse,
de la prendre hardiment par la main quand, la porte refermée, on entre plus
avant, jusqu’à la table ou jusqu’à la fenêtre; de s’asseoir dans une sorte de
libre promiscuité avec elle sur le canapé exécuté par le tapissier du chef-lieu
dans ce qu’il croyait le goût de Paris; de toucher partout la nudité de cette
vie dans le dessein de se troubler soi-même par sa propre familiarité, en
posant ici et là ses affaires, en jouant le maître dans cette chambre pleine
jusqu’aux bords de l’âme des autres et qui garde jusque dans la forme des
chenêts et le dessin des rideaux l’empreinte de leur rêve, en marchant pieds
nus sur son tapis inconnu; alors, cette vie secrète, on a le sentiment de
l’enfermer avec soi quand on va, tout tremblant, tirer le verrou; de la pousser
devant soi dans le lit et de coucher enfin avec elle dans les grands draps qui
vous montent par-dessus la figure, tandis que, tout près, l’église sonne pour
toute la ville les heures d’insomnie des mourants et des amoureux. »
(Proust,
Sur la lecture)
« O
bom samba é uma forma de oração. » – « Une bonne samba est une forme
de prière. »
(Vinicius de Morais, Samba
da bênção)
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